Je m’en rappelle comme si c’était hier.
Elle était belle, grande, impressionnante même et peu garnie. Pourtant, elle m’a laissé un souvenir indélébile. C’était un dimanche après-midi, le 10 mars 2002 pour être précis. Le rendez-vous était fixé à 13h30, le ciel était dégagé et l’impatience et la curiosité me gagnaient. Je l’avais déjà admirée à la télévision mais jamais approchée ni caressée. Je trépignais.
Elle allait sur ses 48 ans et elle était telle qu’on me l’avait décrite : envoûtante. Je n’étais pas le premier à y entrer mais qu’importe, je n’avais aucune envie de reculer.
Elle, c’était la Pontaise. Une enceinte qui a pris sa retraite depuis mais qui dépanne encore généreusement un club voisin.
Le rendez-vous ? On dit que les premières fois sont uniques et bibi n’échappe pas à la règle, forcément. Voyez plutôt : un Lausanne-Sports – FC Winterthour comptant pour le tour de relégation LNA/LNB, saison 2001/2002. Le souci du travail bien fait. Pour la petite histoire, après 22 matchs de ligue nationale A et B, les 4 dernières équipes de LNA affrontaient les 4 meilleures de LNB sur un total de 14 rencontres. À l’issue de ce tour, les 4 premiers du classement étaient maintenus ou promus en LNA, et les 4 derniers relégués ou restaient en LNB. Notre LS affrontait Neuchâtel Xamax FC, le FC Wil, le FC Thoune, le FC Aarau, SR Delémont, le FC Lucerne et le FC Winterthour. Pour l’anecdote, le Lausanne-Sports bouclait ce tour à la 2e place, derrière les Neuchâtelois, et assurait donc son maintien dans l’élite. Presque un an plus tard, la faillite était prononcée. Le club renaît ensuite sous le nom du FC Lausanne-Sport et reprend sa route en 2ème ligue interrégionale.
Bref, on est là pour parler de mon dépucelage. J’avais donc 12 ans et demi (à cet âge-là on place encore les demis) et je me rendais pour la première fois au stade olympique de la Pontaise pour un match du Lausanne-Sports. J’avais déjà pu voir évoluer le LS à la télévision en coupe d’Europe contre l’Ajax, Nantes ou encore le Celta Vigo aux côtés de mon papa (une mi-temps et extinction des feux, car demain t’as l’école). Mais je n’avais encore jamais eu l’occasion de poser mes miches au stade.
Deux copains et leurs parents, fans inconditionnels, ont demandé la bénédiction à mes parents, m’ont pris sous le bras pour ce match et j’ai rempli à merveille ma fonction de cinquième roue du carrosse. Une fois sur place, mes yeux ne quittaient plus cet immense ovale en béton armé. Et, dès le vieux grillage passé et les escaliers avalés, je me suis retrouvé en tribune sud, quelque part dans le secteur S si mes souvenirs sont bons. L’émerveillement.
Séquence nostalgie : le LS est entraîné par Umberto Barberis et aligne notamment quelques noms connus comme Jean-Philippe Karlen, Remo Meyer, Charles Wittl, Giorgio Contini, Jean-Michel Tchouga ou encore Loïc Chavériat. Des noms qui plairont aux anciennes et aux anciens. Le match ? Je me rappelle qu’on encaisse le 0-1 (évidemment) puis vient l’égalisation juste avant la mi-temps. Chavériat transforme un pénalty, le LS revient à 1-1 et l’arbitre renvoie dans la foulée les 22 acteurs aux vestiaires. Simultanément, les enceintes crachent le fameux remix de « Amico è » qui surgissait après chaque but lausannois et là je crois bien que le refrain a dû tourner en boucle durant la pause, ou en tout cas pendant quelques minutes. Le speaker était certainement allé chercher sa bière et a oublié de peser sur le bouton off. Et de vous à moi, je crois que c’est là que je suis tombé sous le charme de ce club et de ce stade. Cette mélodie m’a marqué et je me rappelle encore de la célébration des joueurs après le pénalty et de leur retour immédiat aux vestiaires avec ce son qui enveloppait le tout et qui est pour moi lié au Lausanne-Sports de la fin des années 90 et début des années 2000. Inoubliable.
La suite ? Le LS déroule en seconde période et s’impose 4-1. Et qui dit 3 buts pour Lausanne-Sports dit aussi 3 nouveaux passages du fameux « Amico è », histoire de bien enfoncer le clou et laisser au gamin de 12 ans et demi que j’étais un souvenir indélébile.
Védouble.
Les Ponthèses ont eu l’opportunité d’avoir carte blanche pour écrire un article à l’occasion du 10ème anniversaire du site Paranoic Ultras. Ce papier a été publié dans son fanzine qui célèbre cette décennie aux côtés du LS et du mouvement ultra lausannois.
Merci à Paranoic Ultras pour la confiance témoignée, joyeux anniversaire et longue vie !