Jour de match avec Ludovic Magnin.

En immersion totale, Les Ponthèses vous font vivre, caméra sur l’épaule, une journée avec l’entraineur du FC Lausanne-Sport. En ce samedi 23 septembre 2023, c’est ni plus ni moins que le FC Zurich, leader du championnat et invaincu après 6 journées cette saison qui vient franchir le rideau anti-mouches du château de cartes lausannois. Et comme si cela ne suffisait pas, notre adversaire du jour possède en plus la meilleure attaque et la meilleure défense avant de venir choper la crève dans notre sublime écrin. Réjouissant.

Vous suivez ? Alors couchez les gosses, sortez la canette du frigo, ouvrez le paquet de chips, installez-vous confortablement sur votre canapé en enlevant la télécommande qui s’est glissée sous vos miches, agitez le plaid et on s’y met !

8h00 : le réveil sonne, Ludo saute du lit « hop-là » et file aux toilettes pour la routine matinale. Coiffé brossé, il se prépare deux tartines au Parfait et bois une chope d’Incarom en écoutant Radio Swiss Pop car je cite : « Au moins ils nous font pas chier avec leurs pubs à la con. » Le décor est planté.

8h30 : coup de grelot de papa Magnin qui aboie dans le combiné : « On part à quelle heure au match fiston ? Chu d’bout d’pis 5h30 à cause du coq du ‘oisin, nom d’pipe ! »

8h45 : Ludo réveille Samuel Kalu qui dort comme un nouveau-né sur son canapé car le club ne lui a pas encore trouvé un appartement de fonction. 

8h46 : c’est au tour des enfants Magnin de terminer leur nuit. Au menu, une chasse du diable et un seau d’eau glacé sur le coin de la gueule pour les sortir du lit. Les cons ils ont des posters de Dudic accrochés au mur et dorment avec un pyjama juge de touche, forcément que papa allait serrer.

9h00 : Ludo rassemble ses affaires, fais un bisou à sa femme, serre la paluche de ses enfants et prend Kalu sous le bras. C’est le grand départ avec le minibus du club.

9h05 : arrêt à la station pour faire le plein. Kalu est sagement assis sur le siège passager avec son sac posé sur les genoux. Le porte-documents en cuir de Ludo est lancé derrière le tableau de bord et navigue de gauche à droite au gré des virages.

9h10 : retour forcé à la maison car notre entraineur a oublié la carte BP sur le meuble à l’entrée, à côté du bol qui regroupe le double des clés des cadenas introuvables, de la carte de visite du sanitaire, de 3 boutons de chemises qui se courent après et 2 pauvres trombones. On va y arriver.

9h12 : tout ce petit monde repart et cette fois avec femme et enfants dans le véhicule car il faut les déposer au marché à Morges : 

– Chérie j’vous laisse ici car si je m’enfile en ville on est foutu.
– Oui mon amour, merci, et au revoir Monsieur Kalu. Bon match, je vous tiens les pouces !

9h35 : arrivée au Stade de la Tuilière via un crochet pour aller ramasser les parents Magnin et les déposer au bar du stade. Une fois le véhicule garé et le disque jeté derrière le volant, Ludo sort son trousseau de clés de concierge et va ouvrir la boutique. Au programme, dans l’ordre : allumer les lumières, lever les stores, aérer les locaux et envoyer message vocal sur le groupe WhatsApp Joueurs LS 23/24  : « Tchô, je vous fais un petit vocal car c’est plus simple. Je vous rappelle qu’on a rendez-vous à 11h les gars. Je vais chercher les croissants et le jus d’orange à la Pronto. Oubliez pas vos souliers de course à pieds pour la promenade. Et pour les Suisses allemands, c’est la même chose. »

10h00 : un peu d’administratif à rattraper à présent. Il faut rappeler le type qui doit venir réparer les machines à laver et trier la paperasse qui s’entasse sur son pupitre. Sans compter les quelques post-it collés sur l’écran de son ordinateur et qui prennent la poussière depuis des semaines :

 « Merci de venir changer la bombonne de gaz du barbecue chez moi avant la semaine prochaine ! Leen » 

« Y’a plus de bières et de cacahuètes aux bars VIP, tu peux passer chez Aligro ? La carte PRO est dans la boîte à gants du minibus. Vincent »

« On doit recruter un attaquant ou deux ? Je ne me rappelle plus ! Tony »

« J’ai perdu mon mot de passe pour le logiciel de scouting et, comme je bosse 35 heures, je prends mon après-midi du 7 septembre. Tu peux gérer avec le Canton pour le visa de Kalu ? Tony »

10h30 : rapide coup de balai et ouvrir les fenêtres pour aérer le local de la cellule de recrutement. Désespérément vide, ce bureau sert désormais également de pièce pour que maman Magnin prépare les sandwichs pour les arbitres et les pâtes pour les joueurs.

11h00 : arrivée des joueurs au stade. Castella arrive avec son gosse sous les bras car la nounou a eu un imprévu.

11h10 : séance vidéo avec les défenseurs. Ludo va sur YouTube et se connecte avec son partage de connexion car le wifi du stade rame. Au menu, une vidéo des meilleurs placements défensifs de Zohouri sous le maillot du LS.

11h10 et 30 secondes : la vidéo est terminée après une seule et unique action suivie de 3 ralentis et 15 secondes de pub.

11h15 : Ludo gonfle les ballons et envoie Spiegel remplir les gourdes. 

11h25 : le LS reçoit un fax qu’il envoie ensuite en courrier B au domicile de Ludo. On a pu se procurer une copie de la lettre : « Cher Ludo, tu as le droit de faire 5 changements à chaque match, c’est autorisé. Cordialement, la Direction. »

11h30 : le coach mental arrive.

11h32 : le coach mental repart avec un sac de glace sur le front et un coton dans le nez. Séance productive.

12h00 : c’est l’heure du repas. Ludo doit intervenir car Sanches n’a pas touché ses légumes et Giger fout de la compote de pommes sur ses spaghetti bolognaise et les coupe avec son couteau.

13h30 : promenade digestive collective. Ludo donne ses consignes : « Quand la petite aiguille est sur la grande on est tous au stade les gars. »

13h35 : coup de fil de papa Magnin qui n’arrive pas à allumer la télé du G bar et qui perd patience: « C’est qui qui a tout changé les chaînes de la télé, fiston ? Tu peux v’nir ’oir ? »

14h10 : fin de la promenade et retour au stade. C’est l’heure de la sieste pour certains et ping-pong pour d’autres. Pendant ce temps-là, Ludo réunit son staff pour préparer la grande messe d’avant-match.

16h00 : collation préparée par la maman de Ludo. Cake aux carottes pour tout le monde. Castella a pris sa gamelle car il est allergique à la carotte.

16h30 : c’est l’heure du discours d’avant-match. Ludo revient sur les principes de jeu, la forteresse et montre une vidéo avec les familles des joueurs qui parlent en duplex du jardin du président. S’en suit le fameux « c’est pas demain, c’était pas hier, c’est maintenant » qui te tire les larmes des yeux. Suzuki a froid aux poches et ne comprend pas ce qu’il se passe.

17h00 : les joueurs se changent. Husic gueule « putain les gars y’a plus de shorts M » et Suzuki doit raboter son short au massicot pour ne pas piétiner le sien pendant le match. Ludo n’a pas trouvé de Perskindol à la station ce matin donc il a pris de la crème NIVEA à la place. Les joueurs sont blancs comme des culs et certains se font des peintures de guerre sous les yeux. Tout va bien.

18h00 : le match débute. T’en as un qui a enfilé le mauvais maillot et Castella a pris le biberon du lardon au lieu de sa gourde sur le banc. On part sur des bases solides.

18h50 : c’est la pause. Ludo, rouge écarlate et beau mûr, tambourine sur la porte du vestiaire des arbitres et fait des sauts au plafond car le LS a perdu le toss avant le coup d’envoi. 

19h55 : le match est fini. Ludo file à l’interview : « On en a pris 12 mais celui qui a vu le match, c’est jamais 1-12. »

20h00 : Ludo rentre aux vestiaires. Il ordonne aux joueurs de faire un bonhomme avec les affaires sales. Il jette ensuite ces dernières dans un grand sac poubelle et galope le lancer dans le coffre du minibus.

20h30 : il quitte le stade et file manger chez ses parents. Sans surprise, ça refait le match et son papa utilise encore l’expression « passe en rétro » pour parler des passes en retrait. Les places sont chères pour être une mouche au beau milieu du salon familial des Magnin pendant ce souper. Un délice.

23h15 : retour au bercail. Après une rude journée, notre Ludo se glisse sous le duvet, fais un bisou sur le front de sa douce mais ce sera l’auberge du cul tourné ce soir. Tant pis, une prochaine fois peut-être. Bonnet de nuit !

Védouble.

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