Humoriste, journaliste sportif et chroniqueur, Renaud de Vargas est par-dessus tout un supporter du FC Lausanne-Sport. Cela tombe bien, nous aussi.
Bien que nous nous croisions lors des matchs du LS et échangions quelques boutades autour d’une bière ou deux, nous voulions en savoir davantage sur lui et ce qui l’a conduit à emprunter le chemin menant à la Pontaise et à présent la Tuilière. Alors quoi de mieux qu’une rencontre dans un parc lausannois afin de faire plus ample connaissance ? Certainement un apéritif et de la bonne humeur. Et, sans oublier la théorie de Jean-Claude Magnin, de la volonté, de la camaraderie et devant de la lucidité. Tous les ingrédients sont donc réunis pour passer un bon moment. Alors Mesdames (on espère) et Messieurs, veuillez attacher vos cigarettes et éteindre vos ceintures car Renaud nous a accordé une heure durant laquelle nous avons parlé de lui, de ses diverses activités ainsi que de sa passion pour le FC Lausanne-Sport. Le tout soupoudré de quelques anecdotes croustillantes. Bonne lecture !
Bonjour Renaud, merci de nous accorder un peu de ton précieux temps pour cette interview mi-sérieuse mi-décalée. Nous espérons que le format te plaira et que tu passeras un aussi bon moment que nous !
Faut voir.
Pourrais-tu tout d’abord te présenter en quelques mots ?
Je suis Renaud, je suis humoriste, chroniqueur sur Couleur 3 et il m’arrive d’être journaliste sportif sur LFM.
En cette période particulière, comment vas-tu ? Et comment as-tu vécu ces derniers 18 mois ?
C’est vrai que ça fait presque deux ans. Alors moi je vais très bien. Mais d’un point de vue professionnel, c’était un peu délicat car mes 3 emplois ont été impactés en réalité. Que ce soit humoriste sur scène, Couleur 3 ou le journalisme sportif. Sur Couleur 3, les émissions se faisaient depuis la maison, pour le sport tout s’est arrêté d’un coup donc j’ai été mis au chômage très rapidement. J’ai ainsi perdu du temps sur Netflix et commencé à jouer à des jeux de sociétés nuls auxquels je n’avais encore jamais touché avec ma copine. Concernant la scène, c’est tombé à la flotte et plutôt deux fois qu’une. Ce n’était donc pas facile. Et quand ça a commencé à redémarrer, c’était un peu la délivrance, même si tu te fais presque à ce train de vie où tout s’arrête. A présent, j’ai de la chance car depuis quelques semaines ça a repris de manière bien chargée sur les trois plans et c’est très positif.
En tant qu’humoriste, comment rester motivé quand on ne sait pas à quelle sauce on va être mangé et ce durant une durée indéterminée ?
L’avantage dans ce désavantage qu’est cette situation sanitaire c’est que j’essaie de compenser l’absence de scène en réalisant des vidéos sur les réseaux sociaux. Et, paradoxalement, c’est là que j’ai réussi à me créer un public un petit peu plus conséquent. Cela a donc été une aubaine. De plus, l’avantage d’être également journaliste sportif, d’un point de vue entièrement financier pour le coup, c’est que ça me permet d’avoir un revenu régulier. Ce matelas assuré par la radio m’a permis de couvrir une partie de mes dépenses et je n’ai pas ressenti la pression de devoir immédiatement remonter sur scène pour vivre. Mais c’est là que j’ai beaucoup pensé à des potes comme Thomas Wiesel ou Blaise Bersinger, qui vivaient exclusivement de la scène et de leur spectacle. Blaise a même dû renoncer à la Revue plus tard dans l’année par exemple et annuler des dizaines de dates. Là ça devait être très casse-gueule. Et moi aussi, en plus de mon chômage touché grâce à mon emploi chez LFM, je participais aux émissions sur Couleur 3 depuis la maison avec un iPhone connecté à la RTS via une application. Cette activité a donc continué et je n’ai jamais eu le temps de me dire « mais quand est-ce que je vais remonter sur scène ? » En revanche, il y a une période assez longue entre octobre 2020, date à laquelle j’ai joué mon spectacle pour la seule fois (date qui par ailleurs avait déjà été reportée deux fois) et avril 2021. Mais là je suis très content d’avoir repris.
Tu reprends gentiment le chemin de la scène et cela nous réjouit. Quels sont tes prochains défis et tes prochaines dates ?
Faisant partie de la même boite de production que Marina Rollmann et Thomas Wiesel, j’aurai la chance de faire plusieurs de leurs premières parties, dans des salles comme la Métropole, à Lausanne. Ce seront les 8 octobre (Théâtre Barnabé de Servion pour la première partie de Thomas Wiesel), puis les 8 et 9 novembre (Salle Métropole pour la première partie de Marina Rollmann) et les 30 et 31 décembre (Salle Métropole toujours mais cette fois pour la première partie de Thomas Wiesel). Sinon, je serai au Strapontin à Fribourg le 12 novembre.
Parlons à présent football et bien sûr du Lausanne-Sport. Depuis quand supportes-tu le LS ?
1999. Grand amour naissant qui est arrivé très vite pour le duo Mazzoni-Kuzba en attaque. Et rien que pour des noms comme Puce, je trouve que ça valait la peine d’être fan du LS à cette époque.
Et pourquoi es-tu devenu fan du LS et pas d’un autre club ?
Je suis né à Lausanne, meilleure ville du monde et c’est important de le préciser. C’est mon beau-père qui est un grand fan de football et qui m’a emmené au stade car c’est le club de la ville. Il a connu le grand LS des années 80 et 90 et j’ai commencé à aller voir des matchs avec lui, dont LS-Ajax avec un magnifique but de Mazzoni mais j’ai raté le fameux LS-Servette en 1999 et ce n’est pas du tout un regret. J’ai également vu la défaite du LS aux tirs aux buts en Coupe contre Yverdon à la Pontaise. Alors sur le papier cette affiche est nulle mais c’était tellement symptomatique de cette période noire que le LS a traversé. Je me souviens avoir chialé comme un gamin, que j’étais, d’ailleurs… Autre traumatisme, cette finale de Coupe perdue contre Zurich aux tirs aux buts au Wankdorf en 2000. Mais, quelques années plus tard, je me suis dit que j’ai eu la chance de voir un stade qui a accueilli une finale de Coupe du Monde avec une équipe d’Allemagne droguée et pétrie de triches d’arbitrage.
Montais-tu régulièrement à la Pontaise pour voir les matchs du FC Lausanne-Sport ?
Oui, j’y montais quand même assez régulièrement. Mais je dois avouer que j’étais trop jeune pour trouver la page du Teletext consacrée à la 2ème ligue interrégionale quand le club a subi ce qu’il a subi. J’ai un peu décroché du club durant sa phase noire. Je me rappelle avoir revu un match du LS pendant cette période contre le SLO. J’y jouais et il y avait un derby à Samaranch entre le SLO et le LS avec Antoine Rey du côté du Lausanne-Sport et une brochette de fans du BWFK sur les marches en béton du stade. Maintenant, grâce à mon métier de journaliste, je suis tous les matchs à domicile depuis 2017.
Que penses-tu de notre nouveau stade ?
Il était temps. C’était essentiel que l’on change de standing et de dimension, même si on avait toutes et tous ce côté affectif nul avec la Pontaise. Lors du dernier match contre Bâle à domicile, j’ai réalisé qu’avec 5’000 personnes à la Pontaise tu as l’impression d’être un mardi matin à 10h au Parc de Milan avec deux vieilles qui ne savent pas ce qu’elles font là et sortent de la Coop. Et avec 5’000 personnes à la Tuilière, c’est plus d’un tiers du public qui est là. Et la configuration du stade, c’est exactement ce qu’il nous fallait avec cette proximité avec le terrain. L’ambiance d’avant-match et pendant le match est dingue, notamment contre Sion où je me suis dit « ok, on vit ça dans cette ville. » J’avais l’impression d’être à Malley. Depuis le temps qu’on rêvait d’avoir une telle ambiance au foot. Je suis d’ailleurs plus foot que hockey. Le hockey est devenu un centre d’intérêt par procuration car c’est mon travail, mais avant ça je crois avoir vu un match du LHC et c’était contre La Chaux-de-Fonds il y a une dizaine d’années. Je suis content que l’on puisse régater en termes d’ambiance et d’engouement. Et, en termes de marketing, le LS a clairement 20 points d’avance sur toutes les équipes de Super League depuis le début de la saison et il faut le souligner.
Quel est ton rituel d’avant-match dans la peau d’un journaliste sportif ?
Alors surtout depuis l’ouverture de la Tuilière, mon rituel c’est de me dire « merde, je ne vais pas voir le match avec mes potes » car, avec mon accréditation de journaliste, je ne peux pas me balader où je veux et je dois rester en tribune de presse. Sinon, je n’ai pas réellement de rituel, hormis jeter un œil à la feuille de match et cela me donne des amorces de questions à qui de droit à la fin du match. Et voir que tel ou tel joueur n’est pas là, cela conduit à se demander quels seront les impacts dans le jeu, en termes tactique. Et mon job principal, en tant que fan du LS, de cette ville et c’est un tout car c’est aussi par ce biais-là que je vous ai rencontré et Dieu sait si ça me réjouit, c’est de pouvoir être ultra objectif et c’est un truc que je dois me dire dès le coup d’envoi.
Et tu prépares tes questions pendant le match ? Comment procèdes-tu pour écrire ton article ?
En premier lieu, je regarde ce qu’il se passe et si quelqu’un s’est mis en avant pendant le match. Si oui, lequel et s’il parle français sinon je demande à un coéquipier ce qu’il a pensé de sa performance et je creuse un petit peu. Je prends très rarement des notes pendant un match, j’essaie de créer une discussion afin de sortir des sentiers battus et des interviews protocolaires d’après-matchs. Ce sont surtout des corvées pour les joueurs quand ils font face à 20 micros braqués sur eux après un mauvais match. Pour l’anecdote, j’ai déjà vu un journaliste arriver avec une feuille après un match du LS sur laquelle je pouvais lire « Xavier Margairaz/Alexandre Pasche, quelle est votre analyse de cette victoire/défaite ? » Et tu vois ça et tu te demandes où est son professionnalisme ? Et comment tu veux essayer de choper quelque chose de constructif et intéressant avec un truc pareil ? C’est impossible de toucher une corde sensible. Pour moi, c’est essentiel d’arriver de manière spontanée et c’est personnel mais moi après une défaite je remercie les joueurs de venir. Cela peut paraître débile mais il sait que je sais que peut-être je le fais chier alors qu’il a qu’une envie c’est de se foutre en boule et de ne pas revenir avant le prochain match pour tout bouffer. C’est important de créer un lien et pas juste le faire venir pour avoir du biscuit pour le flash de mes collègues le lendemain.
Peux-tu choisir les joueurs que tu vas interviewer à la fin du match ? Ou est-ce qu’on te les impose ?
Alors ça dépend. Moi j’ai des idées et j’aime bien prendre quelqu’un qui se débrouille bien à l’interview car c’est important en radio d’avoir du contenu. Idéalement, je choisis un joueur qui s’est mis en évidence pendant le match. Mais si personne ne s’est spécialement mis en évidence, je vais prendre une valeur sûre. Quand il y avait Jérémy Manière, Alexandre Pasche ou Alain Rochat, je savais qu’avec eux, même si on finissait sur un vieux 0-0 contre Wohlen, j’allais avoir quelque chose de suffisamment conséquent et pertinent à l’antenne. Ensuite, je transmets mes envies au responsable presse du club et il arrive parfois qu’il te dise que ce n’est pas possible de parler à tel joueur et tu ne cherches pas à savoir pourquoi car tu n’as pas de temps à perdre. Donc tu lui demandes si un autre peut venir ou si tu en croises un qui passes devant tu lui demandes s’il est d’accord de s’arrêter deux minutes.
Pourquoi ne te déplaces-tu pas à l’extérieur pour suivre le LS ?
Mine de rien, il se passe beaucoup de choses à Lausanne et, si je faisais les matchs à l’extérieur, je ne pourrais pas suivre les matchs du LHC, du LUC ou une conférence de presse. A un moment donné, il faut être un peu partout car LFM est une radio qui se veut être extrêmement locale et elle l’est. C’est important d’être aux aguets avec tous les principaux clubs de la ville. Je suis amené à me déplacer à l’extérieur quand l’étau se resserre en fin de saison comme par exemple les play-offs au hockey sur glace ou un match pour une place européenne ou contre la relégation au football, voire pour une place en Ligue des Champions si on est optimiste.
Quel est le meilleur client que tu aies eu face à toi à l’interview après un match du LS ?
Jérémy Manière.
Et le moins bavard ?
Mersim Asllani.
Quel est ton meilleur souvenir en tant que journaliste sportif, tous sports confondus ?
Le titre remporté par le LUC, le premier remporté depuis 10 ans en 2018. Julien Carrel, emblématique capitaine qui a pris sa retraite depuis, avait enfin décroché ce trophée et, son illustre père Georges-André Carrel, qui a longtemps été coach des équipes féminines et de la première équipe du club, était à ce moment-là directeur technique. Je l’interroge à la fin du match, je lui parle de son fils et il commence à être gagné par l’émotion et les larmes en parlant de Julien. J’ai réalisé beaucoup d’interviews de lui, il a un certain franc-parler, il est très compétitif et le voir pleurer à mon micro le jour du titre dans la peau du papa poule était assez incroyable.
Quel est ton meilleur souvenir lié au LS dans la peau du supporter ?
J’en ai deux ! J’ose ?
Bien évidemment !
Alors le premier remonte à 2011, l’année de la promotion durant laquelle on avait mille points de retard sur le duo Lugano-Vaduz. Match à la Pontaise, on reçoit Lugano, on est mené 1-2 ou 0-2 et Matt Moussilou entre, passe décisive et doublé si je ne dis pas de bêtises et il nous permet de gagner 3-2 cette rencontre. Et le deuxième souvenir était parti pour être un calvaire, comme le LS est capable de nous en faire vivre. Premier match de la saison 2015-2016 contre Bienne, on est mené 1-4 à la 70ème et des poussières, remontada impressionnante et on gagne 5-4. Et de nouveau, il y avait 1-4, et je ne me disais pas que j’allais rester pour espérer une remontée mais plutôt car j’avais payé la place et que peut-être on va prendre le cinquième. Ce que j’ai aimé avec ce match, c’est non seulement le scénario incroyable mais également la première pierre de la promotion. A la fin de la saison, tu fais indéniablement ce lien avec cet état d’esprit que cette équipe avait. Et Kololli et Manière jouaient à Bienne, pour la petite histoire.
Et au contraire, quel est ton pire souvenir lié au LS en tant que supporter ?
La finale de Coupe perdue au Wankdorf contre Zurich.
Quel est ton avis sur ce championnat à 10 équipes ?
Honnêtement, j’ai de la peine à avoir un avis tranché. Cette formule à 10 équipes est une bonne chose car il y aurait peut-être un gros décalage si on devait rajouter quelques équipes. Des Winterthour-YB quatre fois par saison, cela risque d’être sympa en termes de goal-average car on serait plus proches du score d’un match de tennis que d’un match de football. Et d’un autre côté c’est rébarbatif car à 10 équipes tu perds la magie des derbies, par exemple. Les jouer quatre fois par saison ce n’est pas pareil que si on les joue deux fois. Et, surtout, tu gagnes 3 matchs t’es en haut et tu en perds 3 t’es en bas. Je regardais sur le Teletext l’autre jour, ma valeur sûre, en termes de goal-average, une équipe peut être 5 rangs au-dessus de toi et donc potentiellement européenne en ayant simplement une meilleure différence de buts. Je trouverais sympa de passer à 12 ou 14 équipes, quitte à créer un 3e tour comme dans le championnat écossais.
Le meilleur entraineur que le LS ait connu selon toi ?
Je ne vais peut-être pas me faire des potes mais je vais répondre Giorgio Contini. Quand j’ai commencé à supporter le LS, je ne me focalisais pas sur l’aspect tactique et le coach. Je m’arrêtais à « on a gagné ou on a perdu ? » Mais pour l’avoir côtoyé, vu sur le banc, vu aligné des joueurs sur lesquels il ne comptait pas lui-même, j’ai trouvé qu’il avait une capacité d’adaptation extrêmement élevée. Et je pense que c’est un coach sous-coté. J’ai été surpris qu’il rebondisse à GC. S’il avait signé à Bâle ou YB, ça n’aurait pas été une surprise pour moi car il sait s’adapter et faire avec ce qu’il a sous la main, en plus de pouvoir ramener des bons types tels que Schneuwly ou Flo qui nous ont fait beaucoup de bien. Je mets donc Contini devant Celestini. Même avec toute la bonne volonté du monde et son foot champagne, il peinait à varier, restait focalisé sur ses idées et n’écoutait pas ce que son directeur sportif ou président pouvait lui suggérer parfois.
Et le pire ?
Marco Simone. Je me souviens d’une interview que j’ai faite avec lui quand j’ai commencé chez LFM en tant que pigiste. Après une défaite qui avait fait mal à l’équipe, aux supporters, je lui avais demandé si son message ne passait plus auprès de ses joueurs, il semblait un peu désarmé et me répond (ndlr. Renaud imite l’accent italien de Simone) « je ne crois pas que c’est une question de message » et c’est à peu près tout. De nouveau, je suis navré, mais la raison pour laquelle je cite Marco Simone c’est, qu’avant Rueda, je n’étais pas très à jour sur les coachs du LS. Et qu’après la faillite, les coachs ont fait un peu avec les moyens du bord.
Ton onze de prédilection ?
Gardien : Thomas Castella. Défense centrale : je suis obligé de dire Jérémy Manière car c’est un bon gars en plus d’être un très bon joueur qui sait faire des longues. A côté de lui je choisis Elton Monteiro, même s’il m’énerve par moment, c’est un garçon très talentueux. A droite Boranijasevic et à gauche Nicolas Gétaz. Au milieu, Lombardo et Nicolas Marazzi car j’adorais sa façon de tirer les coups de pieds arrêtés et son accent à couper au couteau. Sur les ailes, Kololli et Malonga. En pointe, Kuzba et Zeqiri car il a joué avec mon petit frère. Et, pour l’anecdote, on avait fait un match parents-enfants et il devait avoir 10-12 ans. J’étais dans l’équipe des parents et mon frère dans celle d’en face. J’ai ce souvenir de Zeqiri qui était au but pour la série tirs aux buts et qui me dit « he pas trop fort s’te plait. » Aujourd’hui, il fait une demi-tête de plus que moi et ses mollets font la largeur de mon tronc.
Quel est le joueur qui t’a le plus impressionné sous le maillot du LS ? Et le moins impressionné ?
Le plus c’est Kuzba, et le moins c’est Júnior Negrão. Même si ça se joue entre lui et Bojinov. Et j’ai une petite anecdote le concernant. Un jour je vais interviewer Georges-André Carrel au Restaurant du Tennis à Vidy, qui est en quelque sorte son stamm, et à la table d’à côté il y avait Alain Joseph et Valeri Bojinov. Et le lendemain, on annonçait le départ de Bojinov.
As-tu joué à fote ? Si oui, où et à quel poste ?
Oui, principalement au poste d’ailier (ndlr. À prononcer « ai’er ») gauche. Ça m’est arrivé de jouer latéral gauche aussi, poste qui me plaisait nettement moins. J’adorais botter les coups de pieds arrêtés que je rentrais parfois plus en juniors C que D car en D les buts étaient trop petits et en C les gardiens pas assez grands. J’ai donc joué à fote une bonne dizaine d’années.
Quel est ton regard sur la stratégie d’INEOS et ce projet centré sur les jeunes joueurs ?
Je vais essayer d’être optimiste. Pour être très sincère, et je précise que je suis très sincère c’est parce qu’il y a évidemment une part de moi qui a envie de dire « mais où va-t-on ? », j’ai envie de croire que la saison passée n’était pas un coup de bol. Et que certes il y avait des anciens voulus par Contini, des prêts de Nice ont été d’excellentes surprises, Suzuki a très bien démarré malgré des erreurs de jeunesse (ndlr. Il crie « notamment contre Sion dimanche ») mais sinon je pense qu’il peut faire le taf. Cela fait que 6 matchs (ndlr. L’interview a été réalisée avant le match de Coupe à Bulle), on sent qu’il y a du potentiel, la stratégie est bonne et c’est important de miser sur les jeunes mais il ne faut pas oublier qu’il faut avoir quelques vieux briscards qui sont là pour remobiliser les troupes et dire à un moment donné « mec, cette balle tu la dégages, ou tu tires le maillot à mi terrain quitte à te choper un jaune mais au moins on assure le score. » Et, mine de rien, on en est à 3 matchs sans défaites en ayant mené au score 2 fois et en étant revenu contre Bâle.
Ton avis sur Souleymane Cissé ? Manie-t-il trop la langue de bois ?
Evidemment qu’il la manie. En même temps, il a un poste qui l’oblige et je ne dis pas ça pour lui trouver des excuses. Je pense qu’on a quand même besoin de clarté sur les ambitions sur club. On parlait d’Europe il y a quelques années, on en parlait encore quand il était là et maintenant on parle de maintien comme objectif premier. Le maintien doit être évoqué quand il s’agit d’une équipe avec peu de budget, qui n’est pas ambitieuse, qui vient de remonter donc j’aimerais bien en entendre un petit peu plus. Et ce serait bien qu’année après année on puisse conserver des joueurs et qu’il n’y ait pas mille arrivées et mille départs. Quand tu sais que les rescapés de la promotion de 2016 sont Castella et Monteiro, pour une équipe qui se veut pérenne en Super League, ça semble un petit peu risqué. Maintenant, je n’aimerais pas trop m’épancher et on pourra en reparler à la fin de la saison.
Le maintien justement, est-ce un manque d’ambition selon toi ?
Je pense, oui. Le problème c’est qu’au vu de ce début de saison et du nombre de remaniements, c’est un objectif qui semble légitime.
Ton avis sur le mercato estival ?
C’est très difficile à dire. Les derniers renforts que sont Grippo et Chafik semblent essentiels de par leur pédigrée et leur âge. On s’en fout s’ils ont 30 ans ou plus, mais prenez des gars de cette tranche d’âge pour justement amener un peu de sérénité, pour recadrer l’équipe quand c’est nécessaire et j’attends de voir. La majorité des recrues n’a pas encore beaucoup joué. Mahou je ne le considère pas comme recrue puisqu’il est chez nous depuis janvier 2021. Et certains joueurs, que je ne nommerai pas, doivent retrouver leur potentiel physique. Dans l’ensemble, je ne suis ni satisfait ni insatisfait. Je me dis « d’accord, il y a eu ce mercato, faisons avec et maintenant regardons ».
Parles-tu du LS dans tes spectacles ?
Non. Pas parce que ce n’est pas une source d’inspiration mais je ne sais pas si cela parlerait à suffisamment de personnes qui me suivent. Et comme je côtoie beaucoup les joueurs en tant que journaliste, j’ai ce côté un peu éthique où je me dis que je ne me permettrais pas de les vanner à foison à l’inverse de si j’étais exclusivement humoriste.
Si tu étais…
Un système de jeu ?
4-4-3 offensif.
Un ballon de foot ?
J’hésite entre deux ballons. Le Teamgesit de la Coupe du Monde 2006 car j’ai ce souvenir que c’est après ce ballon-là qu’on a commencé à dire « mais ce ballon, quel enfer pour les gardiens avec sa trajectoire ». Et celui de la Coupe du Monde 2002 car je l’avais reçu à mon anniversaire.
Un maillot ?
Je l’ai acquis il n’y a pas longtemps. Le maillot du Brésil de la Coupe du Monde 1998, floqué « Ronaldo ». Je le voulais depuis des années !
Une paire de souliers de foot ?
Les Total 90 rouge et gris anthracite.
Une équipe ?
Si je ne suis pas original, je vais dire le Lausanne-Sport. Mais, je vais peut-être en dire une autre. Pis non, je dirais le LS.
Un championnat ?
La Serie A.
Une ville ?
J’ai envie de rajouter une vanne parce que j’ai envie de dire à nouveau Lausanne. Je vais être original et je vais dire Lausanne.
Un accent ?
Je suis obligé… L’accent vaudois. Qui prend une dimension supplémentaire quand tu l’entends à la Pontaise ou à la Tui-hier. C’est un tout.
Un capitaine ?
Oh put*** ! Ça peut être de n’importe quelle équipe ? Je vais essayer de varier pour le capitaine. Euuuuuuh, oui. Attends ! Excusez, j’essaie vraiment de trouver une réponse qui claque. Ah, oui, Kjær.
Un snack à la mi-temps ?
Une saucisse beaucoup trop longue pour la tranche de pain qui t’es donnée avec.
Une bière d’avant-match ?
La bière blonde en pression dont tu ne connais jamais la marque et dont tu n’aimes pas trop le goût. Mais dont tu t’en enfiles quand même trois ou quatre.
Un stade ?
Alors, j’ai eu la chance de voir un match au Delle Alpi. Juve-Rome lors de la saison 2000-2001. Buteurs d’un côté Del Pierro et Zidane et de l’autre Montella et Nakata. Vraiment l’archétype du match qu’il fallait voir à la fin des années 1990. Et c’était mon premier match dans UN stade, no offense to La Pontaise. J’avais peut-être 10 piges mais tu avais limite peur des chants et des sifflements. Tu entendais des « Juve, Juve, vaff****** » d’un côté et « Roma, Roma, vaff****** » de l’autre. Tu te dis « mais quoi ?! Ca s’insulte dans les stades ? » C’est là où j’ai réalisé et ça m’avait marqué pour mon jeune âge. Et aussi ce côté un peu vétuste, un stade de loose quand même. À cette époque, il n’était jamais plein. Je me souviens des matchs de Ligue des Champions de la Juve. Il y avait toujours des tribunes vides dans le stade. Et, peut-être, qu’inconsciemment, ça me rappelait un peu la Pontaise (rires).
Un speaker ?
Je suis obligé de rendre hommage à Patrick. « Temps de jeu additionnel, minimoume », « Keine Pyro bitte ». Et, une fois, il nous a même sorti lors d’un derby LS-Sion en s’adressant aux ultras lausannois « Prière, messieurs, de ne pas allumer d’engins pyrotechniques aux couleurs sédunoises ». J’avais trouvé ça mythique.
Une mascotte ?
Pas Lupo, parce que, il est chou mais voilà quoi. Le Coq de 1998. On le voyait un peu partout.
Un spectacle ?
Celui qui m’a donné envie de faire de la scène, c’est « Jamel en scène ». Son premier one-man show. Mais je tiens à dire que si tu le revois aujourd’hui tu as envie de te flinguer parce qu’il y a des trucs qui ne passent plus et que ça vieillit mal. Je me souviens que la première fois que j’ai vu ce spectacle, c’était en VHS et que je devais avoir 7 ou 8 ans. C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à m’intéresser au métier d’humoriste. Je ne comprenais pratiquement rien du spectacle mais simplement de me dire qu’un mec faisait rire des gens avec phrases et des drôles de têtes me fascinait.
Un sketch ?
Les radios libres des Inconnus. Parce que ça lie un peu mes deux tafs et je vois tout à fait ce qu’ils veulent dire. Quand tu regardes ce sketch, tu n’as même pas besoin forcément de connaître les émissions qu’ils parodient. Mais ça te parle. En termes de rythme, ce sketch est incroyable. L’ingénieur du son et celui des lumières méritent pratiquement autant de louanges que les Inconnus.
Un humoriste ?
Jamel est celui qui m’a donné envie de monter sur scène. Mais sinon, Ricky Gervais, humoriste britannique. Si vous ne connaissez pas, allez checker un peu. Très bon et puis il a fait une série qui s’appelle « After life » sur Netflix qui est tout aussi dingue parce que la thématique me touche personnellement. J’ai connu cet humoriste sur le tard car je ne m’intéressais pas forcément aux humoristes anglophones étant plus jeune.
Une organisation de protection de la population ?
Question suivante.
Un bar lausannois ?
Les Arches.
Un geste/une mimique d’un entraineur ?
A l’écrit, c’est extrêmement difficile mais c’est cette gestuelle que reprennent aussi des joueurs. C’est celle où tu as les bras le long du corps et tu appelles un coéquipier. J’ai vu Turkes le faire, Cristiano Ronaldo en finale de l’Euro 2016 « Eeeeeh Eder ». C’est un geste qui veut tout et rien dire à la fois.
Une phrase de théorie d’avant-match ?
J’essaie de me rappeler ce que l’on me disait étant en juniors mais j’ai la peine à m’en souvenir. On est obligé d’évoquer Jean-Claude Magnin. Peut-être une phrase de cette tirade. Pour moi, il y a deux faits marquants dans cette théorie d’avant match. C’est « j’aimerais de la volonté, de la camaraderie et devant de la lucidité. » Qui sont des concepts presque philosophiques. « D’accord, coach, on va être lucide. » Ça m’avait marqué. L’autre truc qui m’avait marqué, c’est quand il s’adresse à Kéké en disant « tu es libéro, tu ne dépasses pas ce milieu de terrain. » Un truc qui serait totalement inimaginable aujourd’hui lorsque tu sais que, même le LS, parfois, se retrouvait avec Loosli, Nanizayamo ou Flo de l’autre côté à 40 mètres de leur but en train de pratiquement faire le jeu avec Kuki, plaque tournante de l’équipe. Je trouve assez incroyable la différence entre ce qu’il se disait dans les années 1980 et ce qu’il se dit aujourd’hui.
Pendant le match, tu…
Es plus bière, blanc ou eau ?
Si je bosse, plus eau.
Es assis ou debout ?
Debout.
Râles à chaque passe en retrait comme les grincheux de la Tribune Nord de la Pontaise ?
Non, heureusement pas.
Participes au clapping sur les corners ?
Non je ne participe pas. Ma façon de participer est de dire « Eeeeh Renaud Lavillenie à la perche ».
Te demandes qui est Loupo ?
Oui. Même qu’une fois, en zone mixte, je l’ai vu enlever son masque. C’était le cliché du Vaudois tout rouge parce qu’il doit faire une tchiaffe sous ce déguisement, qui fait du théâtre, qui mesure 1m65 et qui est tout fou et tout gentil.
Approuves ce que ton voisin dit avec un « ouais » inspiré ?
Non, plus si je parle de la vie avec quelqu’un d’autre dans un bar. Au stade, je vais plus dire un truc du style « oui, mais c’est sûr. Non mais évidemment, on sait, on sait ».
T’installes en tribune de presse ou tu préfères vivre le match avec des amis ?
Si j’en ai la possibilité, c’est clair que je rejoins des potes.
On te laisse le mot de la fin !
Merci.
Nous tenons à remercier Renaud pour sa disponibilité, sa franchise et sa bonne humeur. Nous lui souhaitons plein succès pour ses prochains spectacles et ses projets futurs !
Retrouvez ici toutes les informations relatives à son prochain spectacle qui se jouera le 12 novembre à Fribourg : https://le-strap-la-radio.websiteradio.co/agenda/20h-renaud-de-vargas-comment-on-va-l-appeler-40
By Védouble et Pierre Eggli.

Une réflexion sur « Entretien avec Renaud de Vargas »