Quand on parle de Lausanne au commun des mortels, celui-ci mentionne inévitablement qu’il s’agit de la Capitale Olympique, que les bars et coffrets de nuit sont bonnards et qu’il doit monter au nord de la ville voir un match du LS une fois quand il fera beau, chaud mais pas trop non plus, quand l’équipe tournera bien et si possible dans le nouveau stade. Le rendez-vous est pris. En revanche, et c’est bien dommage, personne ou presque ne mentionne que Lausanne est un terreau propice à l’humour avec des humoristes de qualité.
Parmi ceux-ci figure Blaise Bersinger, récemment auréolé du titre d’humoriste de l’année par la Société suisse des Auteurs. Que ce soit à la télévision, à la radio, sur Internet ou encore sur les planches, le natif de Sydney séduit par ses calembours percutants, ses talents d’improvisateur et son grain de folie qui le rend unique. Nous l’avons rencontré un jeudi soir de septembre au Parc de Milan à Lausanne au sortir d’une répétition de son prochain spectacle Confinage – Une revue romande. Bière à la main, Blaise s’est volontiers prêté au jeu des questions à la fois sérieuses et décalées. Retour sur un heure de discussion autour du spectacle qu’il écrit et met en scène, du Lausanne-Sport et de plein de Vaudoiseries. Bonne lecture !
Bonjour Blaise !
Oui.
Merci de nous accorder un peu de ton précieux temps pour cette interview mi-sérieuse mi-décalée. Nous espérons que le format te plaira et que tu passeras un aussi bon moment que nous !
Non.
Pourrais-tu tout d’abord te présenter en quelques mots ?
Oui. Bonsoir, bonjour, salut Internet. Je m’appelle Blaise Bersinger, j’ai 29 ans, j’habite à Lausanne. Je suis humoriste, comédien, auteur et chroniqueur radio et suis abonné au FC Lausanne-Sport depuis 2003.
En tant qu’acteur majeur de la scène humoristique romande, comment as-tu vécu ce confinement et toute l’incertitude autour du monde de la culture ?
Personnellement, j’ai eu beaucoup de chance car j’ai pu continuer à travailler pour la radio depuis chez moi. De plus, j’ai une copine, un chat, un balcon et un appartement super donc pour moi ces deux mois ont rimé avec repos et fun. C’était génial et j’ai adoré.
Comment prépare-t-on un spectacle en plein confinement avec le doute planant en permanence autour de la situation sanitaire et donc sans savoir si on pourra le jouer ?
Il y a un truc de résilience. Il fallait accepter le fait que potentiellement on allait faire tout ça pour rien. Une fois que cette acceptation est actée, on arrive à bosser normalement. Nous concernant, on s’est toujours dit qu’on pourra jouer le spectacle car tout sera enfin terminé. Alors non, ce n’est pas fini mais on peut jouer le spectacle. Les gens devront porter des masques mais j’ai l’espoir de penser que ce sera assez cool pour qu’ils oublient qu’ils ont un masque et qu’à la fin il se disent (il imite l’accent vaudois) : « tiens on a porté un masque durant 90 minutes et on n’a pas vu le temps passer ! » C’est mon objectif. (Il s’approche du micro avec ses mains en porte-voix) : « Venez ! N’ayez pas peur ! »
Parlons à présent football et bien sûr du Lausanne-Sport. Tu as évoqué ta fidélité au club et ton statut d’abonné depuis 2003, mais peux-tu nous dire depuis quand tu supportes le LS ?
J’ai commencé tout d’abord à aimer le foot via les albums Panini et mon premier date de la Coupe du monde 1998 en France. Après, j’ai suivi la Suisse et ne comprenais pas qu’elle ne figure pas dans l’album Panini. J’ai pleuré après la finale de 1998, après j’étais pour la France en 2000 parce que j’étais une merde. Et je suis Romand donc ça n’a aucun sens. Pour en venir au LS, quand il y a eu la faillite (2003), cela a correspondu à ma rencontre avec très bon pote qui lui était fan du LS avec toute sa fratrie. Du coup, il m’a emmené au Blue-White Fanatic Kop et mon premier match du LS était un déplacement à Pully dans le cadre du championnat de 2e ligue interrégionale, vu que le club avait fait faillite. Ensuite, j’ai fait un déplacement à Vidy contre le FC Stade Lausanne Ouchy. Depuis cette triste année 2003, je me suis abonné chaque année car ça me tient à cœur et le jour où j’arrêterai de m’abonner, je serai triste.
Et montes-tu encore de manière régulière à la Pontaise ?
Comme je joue souvent mes différents spectacles les soirs de week-end, c’est impossible d’être présent à tous les matchs. Mais, dès que je peux me rendre au stade, je viens. Et, comme j’adore prendre le train et n’ai absolument aucun problème pour y travailler, je fais volontiers des déplacements de merde et ce même tout seul. Je suis allé en solitaire à Kriens et à Winterthour et j’adore ça car je peux bosser dans le train, après je regarde un match de foot et je bosse à nouveau dans le train. J’ai l’AG depuis tout petit car mes parents n’avaient pas de voiture. Donc combiner AG et déplacement pour aller voir le LS c’est (avec l’accent vaudois) pico bello !
As-tu un rituel d’avant-match ?
Mon rituel c’est d’arriver à la bourre et d’espérer avoir des places pas trop mauvaises. J’aime bien les places avec les tables pour la presse et, comme les gens m’associent souvent aux médias, je me dis que je peux me mettre là sans risque de me faire chasser. Une fois assis, j’écris un message aux potes et souvent à Renaud de Vargas qui arrive un peu après moi : « prend des bières ! ». C’est un peu ça, mon rituel.
Tu es donc abonné depuis 2003, mais peux-tu nous dire quelles tribunes tu as fréquenté ? Et pourquoi ?
J’ai commencé au bloc 8, ensuite il y a eu une phase Tribune Sud car je gagnais ma vie et j’y suis resté pas mal de saisons, de l’Europa League aux deux relégations. A présent, je suis en Tribune Nord car soit je fais un spectacle au repas de soutien du club et du coup j’ai un abonnement, soit je le paie et je vais en Nord. On s’embourgeoise.
Quel est ton meilleur souvenir lié au LS ?
J’en ai plusieurs, et ce même si j’ai raté les promotions. Mais si je dois en choisir un seul, je dirais le match d’Europa League à Prague (3-3, octobre 2010) car c’était tout simplement incroyable. Avec deux potes, on a pris le train de nuit jusqu’à la capitale tchèque. Arrivés sur place, je n’ai absolument rien vu de cette ville hormis un match où on a pété de froid, où j’étais beaucoup trop ivre et où j’avais trop mangé ces espèces de saucisses locales. Je me rappelle être sorti de mon ivresse et de mon malaise gastrique par ces arrêts de jeu complètement dingues et cette égalisation de Silvio à la 96e. C’était l’euphorie je garde aussi de très bons souvenirs sur le chemin du retour et plus précisément sur le pont Charles qui était recouvert d’une fine couche de glace. Un déplacement mémorable !
Et si tu dois retenir un mauvais souvenir ?
C’est dur à dire mais j’ai quand même très mal vécu cette finale de Coupe perdue contre le FC Bâle 6-0 au Parc St-Jacques (2010), même si on a ensuite été qualifiés pour le 2e tour qualificatif de l’Europa League. Encaisser 6 buts, c’était quand même chaud, surtout après avoir tapé YB chez eux alors qu’on devait jouer chez nous. Et j’ai aussi envie de citer une relégation. Notre sort était scellé et on devait jouer le dernier match de la saison à la Pontaise contre Zurich. L’ambiance était très lourde au coup de sifflet final, tous les joueurs se sont très vite rendus au vestiaire, il y avait très peu de monde dans le stade, une musique de merde, le speaker n’était pas d’humeur et je me disais : « He ben, l’année prochaine, c’est Chiasso quoi…»
Quel est, selon toi, le meilleur entraineur que le LS ait connu ?
J’ai envie de dire Celestini. Il m’évoque ce but de Dublin en 2003 avec la Suisse et cette victoire 1-2 qui m’avait fait réaliser : « tiens, on peut faire des points à l’extérieur ?! Incroyable ! » Et du coup, savoir qu’il était Lausannois, qu’il portait le brassard de capitaine à l’OM et qu’il débarquait chez nous, j’étais aux anges. Je lui ai donc pardonné plein de merdes car j’étais vraiment content qu’il ait atterri à la Pontaise. Et, encore maintenant, je l’aime trop ce mec. Et j’ai lu une interview où il disait qu’il avait été trop impliqué personnellement et émotionnellement quand il gérait le LS et qu’à présent il s’était amélioré. Je me dis que l’avoir maintenant comme coach ce serait peut-être plus approprié. Mais ce n’était pas le meilleur. Le meilleur, c’était Rueda. Même si ce n’est pas sexy comme réponse.
Et le pire ?
Pour moi, c’est Henri Atamaniuk. Le porte-papier de Marco Simone. D’ailleurs, on avait un délire mes colocataires et moi à l’époque. Quand le LS était dernier, on faisait des paris. Par exemple, si c’était mardi 22h et qu’on perdait contre YB, on se disait que si le Lausanne-Sport gagnait, on devait aller boire des shots au Jagger’s. Comme ça, au pire, on n’était pas trop déçus d’avoir perdu. J’ai fait ça durant toute une saison et la saison Atamaniuk était incroyable. Un des délires était : « ok, si on gagne, on invite Atamaniuk à souper ». Et je crois bien qu’on avait gagné ce match en question. Mais on n’a malheureusement jamais réussi à entrer en contact avec lui à l’époque. A ce propos, Henri, si tu me lis l’invitation tient toujours !
Quel est ton onze de prédilection du LS ?
Difficile pour moi de répondre à cette question. Je ne sais pas si je suis capable de citer un onze qui soit cohérent. Je suis assez satisfait de ce que propose le LS actuellement donc j’aurais tendance à citer l’équipe de la saison 2019-2020. Et pourquoi pas rajouter des joueurs tels que Silvio quand il était en feu, ou Gabri voire Feindouno s’ils ont les jambes. J’ai aussi envie de citer Chakhsi car c’était une bonne pâte. Il arrivait encore à faire 3-4 allers-retours sur son côté à la 94e, ça donnait l’impression que c’était un peu l’homme à tout faire. Il devait faire le thé aussi.
Il conduisait aussi le bus de l’équipe tu penses ?
Certainement ! Mais, en parlant de bus, j’ai une anecdote. Scott Chipperfield conduisait le bus de l’équipe d’Australie à la Coupe du monde 2006 ! C’était le seul à avoir le permis pour conduire des poids-lourd si je ne dis pas de bêtises. D’ailleurs, en parlant d’anecdotes, ça me rappelle la fête de la promotion en 2012 à la Place de la Navigation. Jean-François Collet appelle Gétaz et dit « on le connaît bien car il travaille chez nous, Cédric Gétaz ! » Gétaz débarque et quelqu’un souffle quelque chose à l’oreille de Collet et il se reprend « NICOLAS Gétaz ! » Et ce même Collet a réussi à sortir au micro « la flèche noire, Gaël N’Lundulu ! »
Tu n’as certainement pas le permis poids-lourds, mais as-tu joué au football ? Et si oui, à quel poste ?
Non, et c’est un gros regret. Car j’ai commencé à aimer le foot un peu tard vers 10-12 ans et du coup je n’ai jamais osé commencer car j’étais persuadé d’être plus nul que tout le monde. Et je me suis également pété le bras une fois en jouant avec des potes dans un parc en arrêtant un ballon et ça m’a définitivement dissuadé de commencer à jouer dans une équipe.
Que penses-tu des cas Francesco Margiotta et Jérémy Manière ? Pour rappeler brièvement les faits, le LS avait rétrogradé Margiotta avec les M21, recruté Roman Buess et donc utilisé la dernière licence. Jérémy Manière avait fait les frais de cette décision en février 2019 et ne pouvait donc pas jouer avec la première équipe pour le second tour du championnat 2018-2019.
J’ai toujours été partagé quant au cas Margiotta. Comme beaucoup de monde, je l’ai trouvé très bon mais il n’était pas dans les meilleures dispositions à Lausanne. Il semblerait qu’il ait fait une dépression et comme je connais des gens qui sont passés par là, je sais que c’est horrible. Et c’est d’autant plus affreux pour Margiotta car en plus on a été très exigeant avec lui. Il avait davantage besoin de soutien que de réprimandes. Ce n’est pas parce qu’on est dans le monde du foot, un milieu compétitif, qu’on peut s’autoriser à être intransigeant avec quelqu’un qui traverse une phase compliquée. J’ai toujours une part d’empathie et envie de lui laisser le bénéfice du doute en me disant que s’il fait vraiment une dépression, c’est horrible ce qui lui arrive et ce ne sont pas des caprices.
Quel est ton regard sur l’arrivée d’INEOS ?
Il y a une part de déni, c’est comme quand tu perds un proche et tu te dis qu’il n’est pas mort. Quand INEOS est arrivé, je me suis dit que c’est super, ça fera beaucoup de sous et j’ai donc été content. Ma première réaction a été très positive d’un point de vue financier. Ils ont tellement à cœur d’avoir une belle image dans la région qu’ils feront tout pour bien faire. J’ai donc mis mes principes écolos, gauchistes et urbains de côté en me disant qu’on a le droit d’être une merde une fois. Et, pour moi, ce sera d’accepter INEOS dans ma vie. Il y a des étapes qui me font toujours peur mais ils flirtent avec la limite. Par exemple, être un club ferme de Nice je n’approuve pas. Mais comme on ne l’est pas, c’est bon. Ça nous pend au nez donc ça va. Ndoye part de manière un peu abrupte, ça fait chier mais je me dis que, sans INEOS, il n’aurait peut-être même pas pu signer pro chez nous. J’ai parfois l’impression de me prostituer en me disant « tant que le LS est en LNA » et c’est étrange.
En parlant d’INEOS, on est bien évidemment obligé de mentionner l’épisode du changement de logo…
Ce changement de logo, ça m’a fait chier. Quand une entreprise qui détruit la planète veut foutre son logo dans celui d’un club de foot qu’on aime, c’est non. D’où la lettre que Thomas Wiesel et moi avons écrite, en plus de mes chroniques à la radio. D’ailleurs, ce qui m’a vraiment poussé à écrire cette lettre, c’est quand j’ai vu que le Club des Fidèles du LS avait changé son logo sur Twitter pour montrer son soutien à l’actionnaire. Et ils ont même écrit à Teleclub pour leur dire qu’il est temps qu’ils mettent le logo du LS à jour. Alors ça, ça m’a vraiment énervé.
Tu es pour ou contre un championnat à 12 équipes ?
Au-delà du LS, j’étais complétement pour. Déjà quand tu as 4 Lausanne-Servette par saison, ce n’est plus un événement. Je ne connais pas l’impact d’un passage à 12 équipes sur le calendrier mais c’est un point qui me dérange. En plus, dans notre championnat, tu joues soit l’Europe, soit la relégation et donc sans ventre mou. Et même si ce n’est pas sexy, un ventre mou est nécessaire pour un club qui monte et qui souhaite se stabiliser 2 ou 3 saisons pour ensuite progresser. J’admire Thoune car cela fait des années qui sont soit Européens ou presque, soit proches d’être relégués. Comme Sion, un peu. Paradoxalement, c’est plus exigeant qu’en France ou en Angleterre où tu peux finir dans le ventre mou si tu n’arrives pas décrocher une place européenne. Et j’irai même plus loin, quand j’entends qu’en Suisse ils veulent fermer la ligue, j’hallucine. Ces barrages sont tellement géniaux, ça fait tout le charme. Même si on n’aime pas Wil, s’ils sont en barrage, c’est qu’ils l’ont mérité et c’est génial pour leurs supporters et la ville. Idem avec Vaduz, c’est génial de te dire qu’ils ont mérité leur promotion et que GC reste en LNB.
Quel est ton avis autour de la hype Ndoye et son transfert « suprise » à Nice ?
J’ai trouvé qu’il a fait un saut dans la hype tout d’un coup et je ne sais pas ce qu’il s’est passé. Soudainement, j’ai découvert dans 24 heures que c’était le joyau du LS alors que oui, je le trouvais bon mais cela ne m’avait pas frappé. J’ai l’impression qu’on la mis dans cette fameuse hype trop tôt mais qu’ensuite il a prouvé à tout le monde qu’il méritait d’y être et donc c’était justifié au final. En plus, quand tu le vois jouer avec les M21, y’a pas photo. Il est parti un peu vite à Nice mais je suis certain qu’il va me donner tort. Je me réjouis bêtement d’avoir des joueurs du LS en équipe nationale et quand je vois des Zeqiri, Ndoye ou Lotomba qui déchirent avec les M21 je me dis que ce serait génial de les avoir en équipe A dans deux ans par exemple.
Pour clore cette partie sérieuse, peux-tu nous dire comment tu as vécu l’éviction surprise de Pablo Iglesias ?
J’ai l’impression qu’on ne sait pas tout. Mais, surtout, si on doit virer quelqu’un, on ne le fait pas à un moment aussi important de la saison. A moins de vouloir créer un choc psychologique, tu laisses la saison aller à son terme et ensuite tu prends les décisions qui s’imposent.
Vous en voulez encore ? Blaise se prête au jeu des questions décalées lors de la seconde partie de cette interview. Pas de panique, on revient vite !
Et retrouvez ici toutes les informations relatives à son prochain spectacle : http://www.confinage.ch/
By Védouble et Pierre Eggli.
